12 janv. 2012

MARIA BEATTY - Gode Bless America... Et Plus Si Affinités !

"What is ordinary complex sometimes becomes very simple, when hands, feet and eyes move as though on their own, when life becomes a dream and two willing partners, Mistress & Bonded Girl, each knowing their respective role by instinct, become perfect examples of yin & yang or Zenith & nadir." T.Brillig
Ce qui, d'ordinaire, est complexe devient parfois une évidence quand les mains, les pieds et les yeux se meuvent d'eux même, quand la vie devient un rêve et que deux partenaires complices, la Maîtresse et la Soumise, connaissent chacune d'instinct leur rôle respectif, devenant ainsi des parfaites représentations du Yin & du yang  ou du Zénith & du nadir... Cette phrase d'introduction dans le film The Elegant Spanking (1995) de Maria Beatty pourrait résumer sa filmographie, ou du moins le fil à la fois souple et tendu, tendre et cruel, acéré et caressant qui sous-tend son propos dans ses divers opus. Quant à ce mystérieux T.Brillig, est-ce une référence au Jabberwocky de Lewis Carroll, mystère...  Car la réalisatrice new-yorkaise qui a parfois également joué dans ses films - The Elegant Spanking et The Black Glove (1997) - a déjà plusieurs vies pas banales à son actif, soumise dans un donjon new-yorkais, quatre années passées au Chelsea hôtel et quelques histoire de fantômes…

Cuir & Queer
L'étiquette qui lui est accolée est celle d'une réalisatrice de films érotiques lesbiens féministes dont les gourmet-tes s'accordent à dire qu'elle manie le porno-artistique en bâtisseuse d’identité, artisane perfectionniste d’une culture de l’image proprement lesbienne. C'est vrai pour ses derniers films comme Post-Apocalyptic Cowgirls (2008) & The Return of Post Apocalyptic Cowgirls (2010), qui font la part belle aux escapades sauvages et passionnées - limite tarantinesques - dans le désert en Arizona, sur fond de musique surf et des compos de Lydia Lunch. Entre-temps, cependant, elle a renoué dans Bandaged (2009) avec ses premières influences : l'esthétique du film noir américain des années 50 et une ambiance cinématographique héritée de l'expressionnisme allemand - Robert Wiene, Friedrich Murnau - et du surréalisme français. Depuis plus d'une quinzaine d'années, Maria Beatty qui est la première cinéaste à avoir filmé des relations sadomasochistes saphiques, continue d'explorer l'univers sexuel de l'intimité féminine, un escarpin posé sur  l'œuvre de Sade, l'aiguille s'enfonçant dans les pages sépia de Leopold von Sacher-Masoch... Des étoffes de l'époque du Directoire à l'ambiance gothique victorienne style studios de la Hammer jusqu'au cuir et au latex mi-punk mi-gothique des années 80 et 90, tout lui sert de véhicule pour plonger dans des décors et des situations fantasmées où le tribadisme berlinois des années 20, morphinomane et  joyeusement décadent le dispute à l'inexorable renouvellement de l'éveil des sens, des pulsions de vie et de mort conjuguées, lèvres à lèvres, liquide et sensuel... Les chairs rosissent sous les palpations gantées ou sous les claquements répétés de la paume des mains, regards et sourires se font tour à tour complices dans la jouissance comme dans l'attente.

Lydia Lunch - Maria Beatty by Bukowski Louis on Grooveshark

Bande-son
Si l'on pense à Fassbinder côté cinéma ou Klaus Mann côté littérature, la bande-son des films de Maria Beatty n'est pas en reste de références illustres et véritablement travaillées, ciselées quand elle utilise par exemple le muet dans The Elegant Spanking et The Black Glove. La post synchro alterne les moments de silence et de tension, les effeuillages, les effleurements, la découverte des chairs avant que ces dernières ne frémissent dans le crépitement d'un feu ou le siroco d'une fontaine... Parfois amplifiés, mis en perspective avec une légère réverbération, les sons deviennent émotions, ressentis, soulignent la mise en scène et fluidifient les enchevêtrements des corps, des poses, des divers sévices qui ponctuent la montée en puissance vers l'abandon total, l'intemporel instant où les peaux sont parcourues de zébrures, marquées du sceau de la jouissance et du chaos dans l'harmonie du plaisir...
Nous sommes ramenés à des principes élémentaires :  se droguer, rêver, lécher, sucer, se faire fouetter, être une femme. 
Musicalement, il y a du Lou Reed, du Bowie, du reptilien Iggy Pop dans l'air et ce n'est pas un hasard si parmi les musiciens qui composent les bandes-son, on croise John Zorn ou Lydia Lunch qui s'interconnectent parfaitement à l'imaginaire de Maria Beatty. L'onirisme, l'ésotérisme, la quête perpétuelle font partie du background musical de ces artistes aux nombreuses collaborations et ramifications dans la scène underground.

Interview
Trois question à la réalisatrice de Bandaged, Maria Beatty.
Dans Bandaged, la famille biologique et ses horreurs se heurtent à la pulsion effrénée du désir lesbien à l’état pur. La veille de ses dix-huit ans, Lucille (Janna Lisa Dumbrowsky), qui a été scolarisée à domicile et qui aspire à devenir poète, ne ressent qu’impuissance et désespoir. Son père, un chirurgien plastique sinistre et tyrannique nommé Arthur (Hans Piesbergen), accorde beaucoup plus d’importance aux mathématiques et aux sciences qu’à Oscar Wilde et Arthur Rimbaud. Lucille survit par miracle à une horrible tentative de suicide à l’acide sulfurique, et son (beau) visage est désormais complètement couvert de bandages. Tenant à soigner sa fille à la maison, Arthur engage Joan (Susanne Sachse), une ravissante infirmière au passé trouble. Se remettant peu à peu, Lucille éprouve du réconfort grâce à la tendresse et aux soins attentifs prodigués par Joan, et une intense passion saphique se déchaîne à mesure que les bandages se défont…

D'où vient l'idée de départ de Bandaged?
C'est d'abord un hommage au genre fantastique. Avec une petite part autobiographique puisque mon père était médecin et parce que mes souvenirs d'enfance et mes expériences ont beaucoup nourri le scénario. En particulier une fascination quasi fétichiste acquise très jeune pour le matériel médical et la figure très ambivalente de l'infirmière. Celle qui soigne et séduit est presque une sainte... C'est d'ailleurs pour cela qu'elle se prénomme Jeanne dans le film, comme une référence à Jeanne d'Arc. Une figure très fantasmatique qui a souvent nourri mon imaginaire où elle apparaissait tour à tour comme une sauveuse ou comme une tueuse...
Vous jouez de façon très subtile et personnelle avec les codes du cinéma fantastique...
J'ai essayé de m’approprier les codes de ce genre et de les intégrer à mon univers. Mais Bandaged n'est pas juste un film fantastique de plus. D'ailleurs je le vois plutôt comme un patchwork, car il y a aussi un peu de film noir dans la manière de travailler la tension ainsi qu'une dimension graphique importante que j'ai souhaité assez proche des films comme Frankenstein de James Whale, par exemple, ou ceux plus tardifs des studios de la Hammer... 
Votre travail de mise en scène, en particulier sur le cadre, exacerbe l'ambiance claustrophobe dans laquelle baigne le film...
Cela vient surtout du choix du décor. La maison dans laquelle nous avons tourné est un personnage à part entière du film. Et je l'ai filmée comme une extension, une métaphore de l'emprisonnement dans lequel se trouve l'héroïne. Le cadre devait ensuite souligner son inquiétude, son isolement. Même chose pour la caméra que j'ai souhaité le plus souvent possible en mouvement, à la fois sensuelle, comme un slow lent par exemple, et agissant comme un élément supplémentaire de suffocation. (Source)



THE CABINET OF MARIA BEATTY par bleuproductions


Sources & Autres Liens


Sex Mannequin (2007)
The seven deadly sins & Lust (2002)
Ladies of the night: Les vampires & Let the punishment, fit the child (1998)
The Black Gloves & Elegant Spanking
Ecstasy In Berlin (2004)
Skateboard Kink Freak (2007)
The Boiler Room (1998)
Silken Sleeves (2005)
Strap On Motel (2008)
Post Apocaliptic Cow Girls (2008)
Bandaged (2009)



In the darkness, turning pupils deeply fixed with meanings, she dropped a pair of Kingfisher ornaments, mounted on an elephant, turned her back on me.
(Tang Dynasty 618 - 907 A.D)
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