15 août 2010

Le Mouton Noir

Il arrive parfois qu'on soit sollicité via un mail pour participer à une "chaine". En transmettant aux amis le dit mail on devient l'un des maillons de cette chaine et on contribue ainsi à véhiculer une information dont le contenu mais aussi le contenant laissent souvent à désirer. Ce que j'ai reçu récemment m'a incité à écrire ce texte, l'intégralité du mail en question est reproduite plus bas :

Si nous voulons parler de mémoire alors soyons clairs et sachons rester raisonnables et corrects.

Les enseignements de la seconde guerre mondiale sont nombreux et beaucoup de gens à l'époque ont déjà eu à coeur
de réécrire l'Histoire dans le sens du camp des vainqueurs avant même de faire le compte des victimes...

Quelles sont les idéologies triomphantes de l'après-guerre : Le capitalisme, le communisme, le sionisme et le colonialisme.
C'est à travers le prisme de ces idéologies que l'Histoire a été écrite. (On ne demande pas au vainqueur si il a raison : Hitler Mein Kampf).

A TOR ET AU TRAVERS...

Un mot me plait énormément ces temps-ci : Contre-productivité ! Il ne faut pas chercher bien loin pour le croiser au coin de la rue, au détour d'une conversation, derrière un titre de JT ou dans un article de presse... J'ai encore bien en tête le dernier exemple de contre-productivité, le joyau politique francophone de ces derniers mois : "l'affaire Coupat"! Si les arrestations et les cruels moments endurés par Julien et ses "camarades" pouvaient avoir leur légitime revanche, elle est dans le cirque médiatico-étatique et ses conséquences. Vous connaissiez vous ce fameux opus nihiliste "L'insurrection qui vient" paru aux non moins sulfureuses éditions La Fabrique...Bon bouquin ! Et quelle magnifique publicité, j'en ricanais dans mon coin en relisant "Maintenant, il faut des armes" d'Auguste Blanqui. Et il nous faut féliciter MAM (sinistre de l'intérieur frenchie), Alain Bauer et bien d'autres qui ont ainsi contribué, bien malgré eux certes, mais avec constance durant des mois, à l'émancipation intellectuelle du peuple... Quand on obtient le résultat inverse de ce pourquoi on se bat cela s'appelle : La CONTRE-PRODUCTIVITE !

Antoine...

C'était en juin,les téloches balançaient des images de traine-lattes médaillés qui venaient serrer la pince à des costards trois-pièces posants pour la postérité. On parlait à la place des morts, on se répandait en mensonges d'Etat devant des caméras compatissantes...Antoine avait sa braguette ouverte et il pissait au vent. Il tombait des cordes, le ciel lui coulait dans le col. La rumeur de la ville lui parvenait par bribes, au gré des bourrasques.De corpulence plutôt chétive il lui fallait incruster une main dans l'écorce de l'arbre pour ne pas vaciller dans un moment pareil. Il se demandait combien de pauvres types avaient pu mourir comme ça la bite à la main, traversés d'éclats d'obus ou d'une bastos dans le dos. Y'avait vraiment pas de quoi pavoiser...il avait beau retourner ça dans sa caboche, il la sentait pas l'épitaphe.C'est ça qu'il dirait lui face aux journaleux rampants : "Oui mesdames et messieurs tous ici nous sommes prêts à suivre le digne exemple de nos aînés, nous mourrons pour la paix dans le monde le flingue dans une pogne et le zguègue dans l'autre, face contre terre dans notre pisse..."

Sûr que ça aurait de la gueule comme discours de bienvenue aux armées. Ca le rendait moins nerveux d'un coup d'avoir eu cette idée. Une fossette maline s'était creusée dans sa joue droite. Il rengainait posément. Il s'en revenait vers les tours en évitant les flaques même si ses baskets avaient déjà depuis longtemps rendu l'âme et fusionné avec le bas râpé de ses jeans. C'était pas un "niké" de la sape le Toine, avec lui les champs de coton et pas mal de gamins dans le monde pouvaient dormir tranquilles, les frusques vieillissaient au rythme lent de leur propriétaire, à contre-courant des frénésies de la société.

Il se trouvait bien toujours quelques comiques pompeusement attifés pour lui faire remarquer son élégance rudimentaire mais dans l'ensemble il était apprécié dans le quartier. Il balladait sa dégaine et sa nonchalance avec constance jusque dans les assemblées houleuses d'habitants en colère.C'était pas les sujets de fâcherie qui manquaient dans le coin. Insalubrité des immeubles, chomdu, dope, "goumes" entre ados, manque de fric pour l'école, manque d'école chez les flics...bref un joli pack des vicissitudes de la vie quotidienne.

Antoine avait grandi à trente bornes de là, intra-muros comme on dit.En ville quoi. Enfin au coeur d'une ville... Ici, pas de coeur, la vie pourtant partout et les cohues autour du centre commercial.Et puis deux ou trois épiceries de nuit pas trop bégueules.C'est pas vraiment par choix qu'il avait aterri en zone "sensible" mais sa sensibilité à lui s'en était bien accomodée. De toute façon la ville lui filait le train, le périphérique ressemblait de plus en plus à une ligne de démarcation pour éxilés du grand boum spéculatif de l'immobilier. Le ghetto des nantis vomissait un peu plus chaque année sa boyace de minima sociaux.Pas de doute là-dessus il s'était retrouvé du côté de la majorité pour une fois, le plus grand nombre celui avec lequel il buvait son café, mangeait, dormait, baisait, vivait.
(à suivre...)

Petite réflexion sans prétention

C'est une période de crise grave nous dit-on. Une mauvaise passe marquée par une "croissance négative" (Inestimable formulation revendiquée par la ministre des finances Christine Lagarde) et un taux de chômage revu à la hausse à chaque nouveau bulletin. On a tous entendu ces expressions "patron-voyou" et "moralisation du capitalisme"... Si la première proposition est quasiment un pléonasme, la seconde ressemble fort à un oxymore. Que penser de la faillite d'un système lorsque cette même faillite est en fait contenue dans le principe de base du fonctionnement de ce système. En d'autres mots : Le moins d'Etat et l' accumulation de fric comme buts ultimes a conduit à l'intervention des Etats pour le sauvetage des banques rapias (pléonasme) et à une dépense inconsidérée pour la préservation des avoirs et des privilèges d'un petit nombre de gens au détriment du plus grand nombre.

Jo, le pyjama et le hérisson

Les dernières miettes de pain mélangées à des restes de terrine ont glissé de la toile cirée au creux de la main de Jo laissant une trainée un peu grasse. Jo a lissé ses mains dans l'évier et s'est rassis en terminant son verre de vin. Il regardait le lino de la cuisine , taché et terne. A aucun moment l'idée de lessiver ce foutu sol ne lui passa par la tête. Non il se disait juste que plus rien ne se passerait jusqu'au coucher, comme d'habitude, il allumerait la télé dans sa chambre et s'endormirait devant un programme stupide. Une des bretelles de son bleu de travail pendouillait déjà sur ses hanches et il s'apprêtait à virer l'autre quand on cogna contre la porte vitrée de l'entrée. Son mètre quatre-vingt et ses poils s'immobilisèrent. Dehors les feuilles des arbres frémissaient, le vent sifflait comme un sexe pissant après l'amour. Une silhouette sombre et féminine brisait la monotonie des carreaux de verre et se tortillait dehors. Une phalène venait de s'engluer dans le ruban tue-mouche. Jo réajusta son bleu et d'un pas lent alla déverrouiller. Une femme d'une trentaine d'années se tenait là dans le chambranle, essoufflée et un peu en panique. Ce qu'il remarqua d'abord c'était cette robe noire un peu sophistiquée pour ce coin paumé où il vivait. Une robe de soirée sexy et pleine de boue. Le visage de l'inconnue était piqué de traces de sang séché ou bardé de confiture parce qu'une drôle d'odeur sucrée venait taquiner les narines de Jo.

Du Coin Des Mots...

Les porches cachent des impasses qui chuchotent...